Comment Kanye West a révolutionné le Rap en 2008 · Vinyl Factory
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Comment Kanye West a révolutionné le Rap en 2008

Par kirk koffah, le 8 juin 2018

Alors que Yeezy a fait son retour avec pas moins de deux albums, et que ses prises de positions détonantes (c’est le moins de me dire) sur les réseaux sociaux ressemblent chaque jour un peu plus à une performance, retour sur un album considéré par beaucoup comme un chef d’œuvre : 808s and Heartbreak.

Dire que l’année précédant la sortie de son quatrième album ne fût pas la plus joyeuse de sa vie est un euphémisme. La mère de l’artiste décède à la suite d’une intervention chirurgicale en novembre 2007 et, dans les premiers mois de 2008, il se sépare de sa compagne de longue date.

Pour celui qui est déjà considéré comme l’un des rappeurs les plus doués de sa génération, avec des albums comme Graduation et The College Dropout, l’heure est à la remise en question totale.

Ouvrir le champ des possibles

Dans diverses interviews, il se dit lassé du pur Hip-Hop, considérant le genre comme trop cloisonné, n’offrant pas assez de possibilité. Dans une interview à MTV, il déclare : « J’avais des mélodies en moi, que je ne pouvais ignorer ».

Il prend alors une décision radicale : chanter. Le résultat : un album qu’il qualifie lui-même de « Pop ».

Dès les premières notes de « Say You Will », le ton est clairement donné : voix passée à l’auto-Tune, proéminence du Roland TR-808 dans l’instru (une boîte à rythme qui donnera d’ailleurs son nom à l’album).

Si l‘Auto-Tune est déjà très répandu dans le Hip-Hop de l’époque avec des artistes comme Lil Wayne (présent sur l’album) et Flo-Rida, il est plutôt vu comme un outil vulgaire masquant les faiblesses vocales des interprètes. West en fait un outil au service de son art. Ce qui est une machine à uniformiser, dépersonnaliser, sert ici à modifier la voix d’un chanteur qui déclame des paroles on-ne-peut-plus personnelles et intimes. De ce son émerge une impression de spleen, de mélancholie, que ne renieraient pas les groupes de cold wave dont Kanye West dit s’être largement inspiré.

Un accueil mitigé, une postérité assurée

Si la critique salue cette prise de risque, les fans de l’artistes sont clairement déboussolés.  Pourtant, le succès est énorme, l’album se classant directement en tête des classements aux Etats-Unis.

Malgré les moqueries sur les réseaux sociaux naissants et dans les séries télévisées telles que South Park, malgré les critiques d’artistes comme 50 cents (dont la brouille avec Kanye West fera l’objet d’un autre article), le rappeur gagne son pari.

Plus qu’un succès numérique, cet opus peut aussi être vu comme la pierre fondatrice d’une nouvelle ère pour le Hip-Hop. Dès l’année suivante, Jay-Z annonce vouloir lui aussi s’éloigner du rap pur et être plus inspiré par des artistes comme Grizzly Bear que ceux issu de la musique dite urbaine.

Par la suite, des artistes comme Kid Cudy ou encore Drake vont s’inscrire dans sa lignée avec des mélodies à la mélancholie assumée. 808s and Heartbreak étant clairement cité dans leurs inspirations.

Considéré aujourd’hui comme l’un des albums les plus importants de la décennie 2000 finissante, il s’est imposé comme une référence universelle pour de nombreux artistes, parfois très éloignés du hi-hop.

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